OU LES SONS SONT ECRITS, paroles sur les bruits, souvenirs sonores, anecdotes écoutables, fictions sonores...

Publié le par gilles MALATRAY

QUELQUES ECRISSONOIRS
OU L'ECOUTE EST A FLEUR DE TEXTE




 

CLIQUEZ ECOUTEZ, paysages de Guto Caminhoto

...Dans La génération Invisible, j'envisage les possibilités qu'offrent des milliers de personnes munies de magnétophones portatifs, des messages transmis comme par tam-tam, une parodie d'allocutions présidentielle résonnant à travers balcons, fenêtres, murs et cours, à laquelle font écho des aboiements de chiens, des gromellements de clochards, des bribes de musique et des rumeurs de circulation dévalant des rues ventées, traversant les jardins publics et des terrains de foot. L'illusion est une arme révolutionnaire.

William Burroughs "La révolution électronique"






CLIQUEZ ECOUTEZ, La fête des labours enregistrée par Christophe Havard.Prinquiau 

...Je me prête au jeu un moment en lui affirmant qu'en scannant différents sillons de labour, j'ai pu identifier nettement des sons de tracteurs, et reconstituer d'après leur bruit, leur marque et même leur puissance. J'en remets une couche en lui précisant que sur un labour très ancien, et conservé en l'état par le fait de la jachère, j'ai pu entendre un John Deere de 1947 à deux cylindres, d'une puissance de 40 chevaux...

Vianay Frain de la gauleyrie « Le son des ténèbres » nouvelle






 

CLIQUEZ ECOUTEZ, Noise symphony de Hartmann

... Le pilot feist responce: Seigneur, de rien ne vous effrayez. Icy est le confin de la mer glaciale, sus laquelle feut au commencement de l'hyver dernier passé grosse & felonne bataille, entre les Arismapiens, & le Nephelibates. Lors gelèrent en l'air les parolles & crys des homes & femmes, les chaplis des masses, les hurtys des harnoys, des bardes, les hannissements des chevaulx, & tout effroy de combat. A ceste heure la rigueur de l'hyver passée, advenente la serenité & temperie du bon temps, elles fondent & sont ouyes. Mais en pourrions nous voir quelqu'une. Me soubvient avoir leu que l'orée de la montaigne en laquelle Moses receut la loy des Iuifz le peuple voyoit les voix sensiblement.
Tenez tenez (dist Pantagruel) voyez en cy qui encores ne sont degelées.
Lors nous iecta sus le tillac plènes mains de parolles gelées, & sembloient dragée perlée de diverses couleurs. Nous y veismes des motz de gueule, des motz de sinople, des motz de azur, des motz de sable, des motz dorez. Les quelz estre quelque peu eschauffez entre nos mains fondoient, comme neiges, & les oyons realement. Mais ne les entendions. Car c'estoit languaige Barbare. Exceptez un assez grosset, lequel ayant frère Ian eschauffé entre ses mains feist un son tel que font les chastaignes iectées en la braze sans estre entonmées lors que s'esclatent, & nous feist tous de paour tressaillir...

François Rabelais « Le Quart-livre », chapitre LVI




 



 

CLIQUEZ ECOUTEZ, Bruissements de ville, New-York par Ben Owen

...Traversons ensemble une grande capitale moderne, les oreilles plus attentives que les yeux, et nous varierons les plaisirs de notre sensibilité en distinguant les glouglous d'eau, d'air et de gaz dans les tuyaux métalliques, les borborygmes et les râles des moteurs qui respirent avec une animalité indiscutable, la palpitation des soupapes, le va-et-vient des pistons, les cris stridents des scies mécaniques, les bonds sonores des tramways sur les rails, le claquement des fouets, le clapotement des drapeaux. Nous nous amuserons à orchestrer idéalement les portes à coulisses des magasins, le brouhaha des foules, les tintamarres différents des gares, des forges, des filatures, des imprimeries, des usines électriques et des chemins de fer souterrains. Il ne faut pas oublier les bruits absolument nouveaux de la guerre moderne...

Luigi Russolo « l'art des bruits » Manifeste futuriste





 

CLIQUEZ ECOUTEZ, Musiques d'ambiance

« La musique d'ambiance n'est pas innocente. Elle n'est pas qu'une façon de dominer les bruits pénibles du travail. Elle peut être l'annonce du silence général des hommes. »
Jacques Attali « Bruits »




 



 

CLIQUEZ ECOUTEZ, Fête à Pauhaguet par Jean-François Cavro

...Le matin, ennuyé de penser que mon grand-père était prêt et qu'on m'attendait pour partir du côté de Méséglise, je fus éveillé par la fanfare d'un régiment qui tous les jours passa sous mes fenêtres. Mais deux ou trois fois ? et je le dis, car on ne peut bien décrire la vie des hommes si on ne la fait baigner dans le sommeil où elle plonge et qui, nuit après nuit, la contourne comme une presqu'île est cernée par la mer ? le sommeil interposé fut en moi assez résistant pour soutenir le choc de la musique et je n'entendis rien. Les autres jours il céda un instant; mais encore veloutée d'avoir dormi, ma conscience, comme ces organes préalablement anesthésiés, par qui une cautérisation, restée d'abord insensible, n'est perçue que tout à fait à sa fin et comme une légère brûlure, n'était touchée qu'avec douceur par les pointes aiguës des fifres qui la caressaient d'un vague et frais gazouillis matinal; et après cette étroite interruption où le silence s'était fait musique, il reprenait avec mon sommeil avant même que les dragons eussent fini de passer, me dérobant les dernières gerbes épanouies du bouquet jaillissant et sonore. Et la zone de ma conscience que ses tiges jaillissantes avaient effleurée était si étroite, si circonvenue de sommeil que plus tard, quand Saint-Loup me demandait si j'avais entendu la musique, je n'étais pas plus certain que le son de la fanfare n'eût pas été aussi imaginaire que celui que j'entendais dans le jour s'élever après le moindre bruit au-dessus des pavés de la ville. Peut-être ne l'avais-je entendu qu'en un rêve par la crainte d'être réveillé, ou au contraire de ne pas l'être et de ne pas voir le défilé...

Marcel Proust « Le côté de Guermantes »












Publié dans sonoriscausa

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